Né le: 25 avril 1947
Lieu de naissance : Amsterdam, Pays-Bas
Le plus grand maestro néerlandais
Rares sont les joueurs considérés à l'égal des Pelé, Beckenbauer et Maradona. Johan Cruyff fait incontestablement partie de cette caste, bien qu'il n'ait jamais remporté le titre suprême et qu'il n'ait participé qu'à une seule Coupe du Monde de la FIFA. Le talent naturel du maître néerlandais était tel qu'il s'est taillé une place indiscutable au panthéon du football. Le talent naturel du maître néerlandais était tel qu'il s'est taillé une place indiscutable au panthéon du football.
Cruyff a passé son enfance dans l'ombre du stade et du terrain d'entraînement de l'Ajax Amsterdam, où sa mère travaille. Quant à son père, il meurt d'une crise cardiaque alors que Johan n'a que 12 ans. Dès son plus jeune âge, le garçon trouve sa raison d'être : devenir footballeur professionnel. A sept ans, il commence à s'entraîner en club, avant de quitter l'école à 13 ans pour se consacrer exclusivement au sport, au grand désespoir de sa mère.
C'est le légendaire entraîneur Rinus Michels qui détecte en premier ce jeune joueur au talent évident mais à la charpente un peu trop fragile. Il lui concocte donc un programme destiné à étoffer un physique un peu juste pour supporter les rigueurs du football professionnel. Cruyff ne tarde pas à gagner sa place dans l'équipe première de l'Ajax. A 19 ans, il remporte le premier des neufs titres de champion des Pays-Bas qu'il va accrocher à son palmarès.
Une légende de l'Ajax
L'Ajacide se fait vite un nom dans le football international. C'est que sa rapidité, son élégance, sa technique et sa disposition à participer au travail défensif ne passent pas inaperçues. En effet, Cruyff superpose à merveille les costumes de meneur de jeu, de redoutable chien de garde et de pourvoyeur de munitions distillées dans un timing quasiment inégalé.
Leader sur le terrain, Cruyff est également un personnage hors norme dans la vie. Sûr de lui et parfois buté, il n'est pas du style à mâcher ses mots pour arrondir les angles. D'ailleurs, cette franchise ne joue pas toujours en sa faveur puisqu'il est démis de son brassard de capitaine de l'Ajax en 1972. Sa réputation d'arrogant, il la doit également à quelques déclarations telles que : «Je ne pense pas qu'un jour, les gens ne sauront pas de qui il est question lorsqu'il entendront le nom de Cruyff», ou « Avant de faire une erreur, je ne la commets pas ».
Oscillant entre honnêteté et arrogance, les déclarations de Cruyff sont également connues pour leur extravagance linguistique. Outre ses tacles répétés à la grammaire, qui ont fait l'objet de publications linguistiques, l'artiste est également réputé pour la logique déroutante de ses longs monologues, qui le mènent toujours à la même conclusion, à savoir qu'il a raison. Plus d'un interlocuteur en est resté bouche bée. Ces discours, un critique littéraire reconnu les a qualifiés d'« Essais dans leur plus pure expression ». Aux Pays-Bas, ses déclarations, qui ont été consignées dans un recueil, sont utilisées dans des séminaires de management.
Pour un joueur devenu l'un des plus prestigieux représentants de son sport, Cruyff a connu une carrière internationale relativement courte. Il fait ses débuts sous la tunique néerlandaise contre la Hongrie en septembre 1966 et tire sa révérence internationale en octobre 1977, après 48 sélections pour les Oranjes. Pour sa dernière cap, il contribue à qualifier les siens à la Coupe du Monde de la FIFA Argentine 1978. Encore faut-il souligner qu'il n'était rappelé en sélection que pour les grandes occasions.
Une figure portée au nu
L'apogée de sa carrière internationale est atteint lors de la phase finale de la Coupe du Monde de la FIFA Allemagne 1974. Qualifiés de justesse et semblant peu à l'aise dans le dispositif tactique mis en place par l'entraîneur Rinus Michel, les Pays-Bas se rendent en terres germaniques avec peu d'espoirs. Pourtant, le puzzle orange se met en place à point nommé, si bien qu'au terme du premier tour, la presse mondiale fait de la bande à Cruyff la grandissime favorite de la compétition.
On assiste là à la naissance du football total, dont le meilleur apôtre est le numéro 14. Même s'il est fiché en tant qu'avant-centre, Cruyff navigue aux quatre coins du terrain, jaillissant dans toutes les zones où il peut mettre l'adversaire en difficulté. Ses partenaires s'adaptent à ce style, changeant régulièrement de poste en fonction des mouvements de cet électron libre. Ainsi, toutes les partitions sont jouées, mais pas toujours par le même interprète. Ce concept marque une révolution dans le football, une révolution qui va surprendre le monde entier, à commencer par ses instigateurs.
Au second tour, le Maître en personne concrétise ce concept en marquant les deux premiers buts de l'atomisation 4-0 de l'Argentine, la meilleure prestation des Oranjes dans la compétition. La rencontre contre l'Allemagne de l'Est est moins enthousiasmante, les Pays-Bas s'imposant sur le score de 2-0. Leur dernier match du second tour, contre le Brésil a vraiment tout d'une demi-finale. Les hommes du plat pays s'imposent finalement 2-0 au terme d'un âpre combat. A cette occasion, Cruyff inscrit le deuxième but de son équipe, un but qui restera l'un de ses plus beaux en sélection. A la 65ème minute, Ruud Krol ajuste un centre sur lequel le génie se jette pour exécuter une reprise de volée qui prend Leão à contre-pied et va fouetter le filet opposé des cages brésiliennes.
Cruyff et les 'Oranje mécaniques' atteignent le sommet
La classe de Cruyff va encore être mise en exergue lors de la finale, qui débute de façon spectaculaire. Le magicien néerlandais donne le coup d'envoi, et les Pays-Bas font tourner le cuir. Le ballon passe entre les pieds de tous les joueurs néerlandais, avant de revenir à Cruyff. Le génie s'engage alors dans un raid dévastateur qui le voit effacer Vogts et être bousculé par Hoeness dans la surface de réparation. Neeskens transforme le penalty consécutif à la faute : 1-0 pour les Pays-bas avant même qu'un seul joueur allemand ait pu toucher la balle. Mais les Pays-Bas ne parviennent pas à enfoncer le clou et laissent même les Allemands revenir dans le match. La Mannschaft égalise ainsi sur penalty, avant de prendre l'avantage à deux minutes de la pause par l'intermédiaire de Gerd Mueller. En seconde période, les Oranjes butent implacablement sur la barrière Sepp Maier et voient le titre s'envoler. La désignation de Cruyff comme meilleur joueur du tournoi n'est qu'une maigre consolation.
Pendant la compétition allemande, le maître à jouer annonce qu'il ne participera pas à la prochaine Coupe du Monde de la FIFA car il ne souhaite pas être éloigné de sa famille pendant un mois. Ajoutez à cela une série de dissensions avec sa fédération et vous verrez un énorme joueur mettre un terme à sa carrière internationale de façon prématurée.
En club, Cruyff connaît un parcours couronné de succès. Entre 1971 et 1973, il remporte trois Coupes d'Europe consécutives avec Ajax Amsterdam, avant de mettre le cap sur l'Espagne et le FC Barcelone, où il décroche une Liga dès sa première saison. En 1978, il annonce sa retraite, mais effectue un come-back dans le championnat professionnel américain en 1979. Il réalise deux saisons Outre-Atlantique puis fait un passage éclair (12 matches) à Levante, club de deuxième division espagnole, avant de revenir au bercail ajacide à l'été 1981. En 1983, il signe chez l'ennemi juré, le Feyenoord Rotterdam, où il goûte une dernière fois à la gloire en réalisant le doublé Coupe - Championnat. A trente ans passés, Cruyff brille encore de mille feux. La preuve en est qu'il est élu Joueur néerlandais de l'année en 1983 et 1984. Le meilleur joueur qu'aient connu les Pays-Bas raccroche finalement les crampons en 1984.
De retour à Barcelone
Bien que n'ayant aucune qualification d'entraîneur, Cruyff prend les rênes de l'Ajax Amsterdam au début de la saison 1985-86. En fait, il avait déjà eu l'occasion d'essayer la casquette d'entraîneur en 1980 en dirigeant le club de ses débuts pendant l'intersaison nord-américaine. Pendant un match de championnat néerlandais, il était en effet descendu des tribunes pour prodiguer quelques conseils à Leo Beenhakker, l'entraîneur ajacide, qui ne lui avait pourtant rien demandé. Alors que l'Ajax était mené 3-1 face au FC Twente, il gagne finalement le match sur le score de 5 à 3... Même s'il quitte ses fonctions après 3 ans en raison de conflits internes, il permet au club de remporter la Coupe des Clubs Vainqueurs de Coupe en 1987 et révèle de jeunes talents tels que Dennis Bergkamp, Aaron Winter, Brian Roy et les frères Rob et Richard Witschge. Tous ces joueurs vont d'ailleurs devenir de redoutables compétiteurs.
Reprenant le chemin qu'il avait emprunté en tant que joueur, Cruyff quitte la capitale néerlandaise pour Barcelone, où il prend les fonctions d'entraîneur et de directeur technique. Il entreprend alors de reconstruire l'équipe, se séparant de joueurs comme l'Allemand Bernd Schuster et dépensant millions pour faire venir de nouvelles vedettes. Il ne tarde pas à façonner une formation redoutable, qui remporte la coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe, la Champions League, la Coupe d'Espagne et quatre championnats d'Espagne consécutifs entre 1991 et 1994. En Espagne, le Barça est alors connu sous l'appellation de "Dream Team".
Ce parcours couronné de succès fait de l'homme à la sucette le maître incontesté du jeu du Barça, où il restera en place plus longtemps que tous ses prédécesseurs. Il est tout près de goûter à nouveau à la Coupe du Monde de la FIFA en tant qu'entraîneur, mais les négociations avec la fédération néerlandaise capotent au dernier moment. Cruyff ne participera finalement pas à la campagne des Oranjes en 1994.
Après huit ans de coopération, Johan Cruyff et le club blaugrana se séparent pour la deuxième fois, en 1996. Cruyff, qui avait dû arrêter de fumer suite à un pontage coronarien en 1991 et qui rencontra de nouveaux problèmes cardiaques 1997, jure qu'il n'entraînera plus jamais une équipe de football. Fidèle à lui-même, il tient parole, même si son nom est souvent cité lorsque la sélection néerlandaise est en quête d'un nouveau sélectionneur. Au Nou Camp, Johan Cruyff fait encore figure de dieu vivant.
Carrière de joueur
Palmarès international
48 sélections (33 en tant que capitaine), 33 buts
1974 Coupe du Monde de la FIFA en Allemagne, finaliste
1974 Coupe du Monde de la FIFA en Allemagne, meilleur joueur du tournoi
Clubs
1964 - 1973 Ajax Amsterdam (Pays-Bas)
1973 - 1978 FC Barcelone (Espagne)
1979 Los Angeles Aztecs (Etats-Unis)
1980 - 1981 Washington Diplomats (Etats-Unis)
1981 UD Levante (Espagne)
1981 - 1983 Ajax Amsterdam (Pays-Bas)
1983 - 1984 Feyenoord Rotterdam (Pays-Bas)
Palmarès en club
1966, 67, 68, 70, 72, 73, 82, 83, 84 Champion des Pays-Bas
1967, 70, 71, 72, 83, 84 Vainqueur de la Coupe des Pays-Bas
1971 Vainqueur de la Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe
1972 Vainqueur de la Coupe Intercontinentale
1972, 73 Vainqueur de la Coupe d'Europe des Clubs Champions
1973 Vainqueur de la Super Coupe d'Europe
1974 Champion d'Espagne
1978 Vainqueur de la Coupe d'Espagne
Carrière
d'entraîneur
Clubs
1985 - 1988 Ajax Amsterdam
1988 - 1996 FC Barcelone
Palmarès en tant qu'entraîneur
1986 Vainqueur de la Coupe des Pays-Bas
1987 Champion des Pays-Bas
1987, 89 Vainqueur de la Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe
1990 Vainqueur de la Coupe d'Espagne
1991, 92, 93, 94 Champion d'Espagne
1992 Vainqueurs de la Coupe d'Europe des Clubs Champions
1992 Vainqueur de la Super Coupe